Photographie de l’instant

I love New York et un cœur dans le ciel.

L’important est d’être là au bon moment, au bon endroit, avec la belle lumière.

De l’idéal

« La nature est un temple où les vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers… »

Portrait sépia de Charles Baudelaire.

Ces vers de Charles Baudelaire, extraits des Fleurs du mal, montrent l’art poétique idéaliste dévoué à la nature. Pour lui, seul le poète peut « percevoir intimement le monde sensible, sa première source d’inspiration« .
Baudelaire détesta la photographie : « Ce sont des instruments de la décadence, de la perte de l’idéal… »
Et pourtant, il fut l’ami de Daguerre, de Nadar et de Carjat à qui l’on doit l’un des plus beaux portraits du poète, fort photogénique de surcroît.

Si je cite Baudelaire, c’est que les mots « nature », « intime », « sensible », « inspiration » raisonnent en moi comme les accords épurés des vibrations parfaites d’un instrument de musique.

Très tôt , l’image a été le révélateur de ses oscillations subtiles qui m’ont poussé à considérer la photographie comme un art fondamental.

Mes grands-parents me donnent, dès ma cinquième année, mon premier appareil photo, un KODAK Brownie Hawkeye. Cet appareil rustique et peu coûteux utilise des films argentiques 620 en rouleau. Très vite je me familiarise avec cet outil et découvre toute la puissance de la photographie et l’importance de « figer » une parcelle du réel, un instant de vie.

Mes premiers clichés peuvent être considérés comme banaux, ce sont des natures mortes, des paysages et des portraits de famille.

Puis au fil du temps, je m’initie au tirage photo noir et blanc puis couleur sur le support Cibachrome, un procédé de tirage argentique de la Compagnie Ilford. En 1970, je crée avec des associés un laboratoire de titrage photo grand format sur ce support très stable dans le temps et possédant une netteté d’image et une intensité de couleurs remarquables.

Mon premier appareil photo avait depuis longtemps été remplacé par des matériels de prises de vue plus performants, Canon, Nikon, Fuji, Leica, avec lesquels j’exerçais le métier de photographe dans de multiples domaines, le portrait, la photo de mode, le paysage, la photo industrielle, la macro-photo, le sport. Malgré cela, la technique, même si elle doit être maîtrisée, avec ses grands principes, ouverture, vitesse, sensibilité, a toujours été pour moi secondaire.

Sinagot Trois Frères sur la mer.

L’important est d’être là au bon moment, au bon endroit, avec la belle lumière.

Je ne considère pas un lever, un coucher de soleil ou encore une prise de vue entre chien et loup comme galvaudés et racoleurs. Le ressenti et l’émotion doivent être avant tout l’essentiel, l’essence même de l’instant, le privilège de voir et contempler. C’est tout naturellement que mes clichés respirent la mer, le vent, le varech, les vagues, l’horizon et le soleil couchant, ou encore la beauté ou la disgrâce d’un visage, les lignes ordonnées ou déséquilibrées d’une architecture.

Mon point de départ est toujours l’image. Certaines déclenchent chez moi un émoi, un émerveillement, des sensations sibyllines, des émotions fortes.

Jean Louis Pélissier

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